Henri Authier parle à Onthesnow de son parcours dans le ski freestyle et de ses craintes pour l'avenir de la discipline - trop de réglementation et pas assez de spectacle.

Henri Authier est pionnier et innovateur en Hotdog devenu freestyle. Vice Champion du Monde, il était célèbre sur le circuit du ski acrobatique Américain dans les années ‘70s. On le surnommait ‘Authier l’Indien’ pour son courage et son physique de guerrier Apache. Il était le premier à importer en France les surfboards fait pour la poudre. Dans les années ‘90s il était l’inspirateur des shows ski de bosse légendaire Pro-Ams.

Authier l'Indien de Tignes

 













Courtesy - Henri Authier

Aujourd’hui on le trouve sur les pistes de [R600R, Tignes] où il gère une école de ski de bosses -  ‘le ski de bosses, c’est comme la prose on le fait tous les jours sans se rendre compte’ dit il. En été il est au bord du Lac de Tignes avec le Hot Jumping sur un toboggan de 35m en hauteur.

Hot jumping à Tignes:

Après les X-games à Tignes Onthesnow a renouvelé un contact vieux de 35 ans avec posé des questions sur la discipline qui passionne Authier depuis toujours. Il n’a rien perdu de son physique de lutteur ni de ses opinions bien tranchées.

OnTheSnow : D’abord j’ai un message pour vous de Dimitrije Milovich qui a lancé le surfboard aux Etats-Unis dans les années 70 avec les Wintersticks. Il est toujours un grand pratiquant du surfboard et il m’a demandé de vous transmettre ses vœux. Il m’a dit de vous que vous étiez un vrai pionnier du ski acrobatique  et que vous étiez  ‘a very cool guy qu'il estime depuis longtemps’. Voilà.

Henri Authier : Ca c’est gentil. J’ai eu besoin de défendre Dimitrije Milovich souvent parce qu’on pense que Burton était le premier à populariser les surfboards mais en réalité c’était Milovich. C’est par lui que j’ai importé les premiers ‘Round tails’ Wintersticks.

OnTheSnow : vous en avez acheté deux si je me rappelle bien pour $115.

Henri Authier : Oui c’est vrai c’est dans la vidéo sur mon site web. J’étais le premier en France.

OnTheSnow : Il parait qu'il y avait des foules énormes pour ces événements hotdog à l'époque ?

Henri Authier : Absolument c’était immense. Il y a eu une finale en 76 à [R404R, Snowbird] avec un prize-money pour toutes disciplines  bosses, ballet, saut et hommes+femmes...  J’ai fait du ski acrobatique, du Hotdog comme on l’appelait, aux Etats-Unis entre 1973 et 1980. J’ai arrêté en 1980.

OnTheSnow – Comment vous-êtes-vous lancé dans le Hotdog? Pour vous amusez ?

Henri Authier : Oui pour m’amuser parce que ça me faisait plaisir de faire comme ça. Je ne voulais pas faire comme les autres, je sautais des bosses, des rochers et après je faisais de l’acrobatie. Moi, si vous voulez, sans le savoir, je faisais de l’acrobatie tout seul à Tignes mais vous savez, une idée a tendance à se développer partout en même temps. Le sport a débuté là-bas mais tout seul j’ai commencé à faire des sauts un peu partout, sur des rochers, des bosses et puis je construisais des tremplins.

OnTheSnow : Oui. Je me rappelle très bien de vous en train de confectionner un tremplin avec votre frère Jean-Louis, à la pelle sur la Grande Motte en ‘76.

Henri Authier : Aujourd’hui ça se fait en deux minutes. Il y a 40 ans on le faisait avec une pelle à la main et ça pouvait prendre plusieurs jours. C’était une évolution naturelle pour le ski pour ceux qui voulaient faire plus et voir le sport évoluer.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

OnTheSnow : Qui vous a invité d'aller aux États-Unis pour faire de la compétition. Ou est ce que vous êtes allé de votre propre chef?

Henri Authier  : J'ai eu de la chance lors de ma première participation a une compèt en Allemagne de rencontrer un autrichien Manfred Kastner, qui parlait Français, et qui partait pour les compèts américaines dans les jours qui suivaient... je lui ai pris la main, ne parlant pas l'anglais et sans connaître le lieu des compéts. Il m'a été d'un grand secours....Il fut l'homme qui exécuta  le premier triple saut périlleux arrière  en compèt. Malheureusement, il n'est plus de ce monde...

OnTheSnow : Quand vous voyez les X-Games à Tignes et la Coupe du monde de Freestyle à [R1085R, Megève], qu’en pensez vous aujourd’hui ?

Henri Authier  : Ce que j’aime beaucoup c’est le half pipe. J'adore ça parce que c’est très acrobatique. Le slope style et les choses comme ça, j’aime moins bien parce que ce n’est pas ma vision mais par contre je pense que l’avenir c’est l’acrobatie dans le half pipe qui est très bien. J’y vois une grande évolution un peu comme on a eu dans le saut acrobatique dont on ne parle plus - c’est dommage.

OnTheSnow : Vous ne trouvez pas que le half pipe est un peu dangereux ? Il y a des accidents quand-même ?  

Henri Authier  : Bien sûr même en skicross. Mais pour ça il faut trouver la limite entre ne pas trop interdire et ne pas trop laisser libre. Il faut aussi comment dire entourer les jeunes parce que si on leur laisse le champ libre ils sont capables de tout. Avec leur fougue ils veulent gagner,  ils veulent progresser. Ils sont prèts à prendre beaucoup de risques. Alors il faut avancer on va dire lentement mais sans les bloquer. C’est un compromis assez difficile à trouver. Si vous laisser trop libre le sport peut devenir dangereux.

OnTheSnow : Vous dites que le half pipe va évoluer – dans quel sens, de quelle manière ?

Henri Authier  : Dans le sens du ski acrobatique mais il faut créer une ambiance c’est très important. C’est pour ça que je dis toujours que ce sont les jeunes qui inventent, ils rehaussent la possibilité de s’exprimer. Quand on fait des règlements, c’est ‘il ne faut pas faire comme ci, il ne pas faire comme ça’.

OnTheSnow : Et le ski de bosse ?

Henri Authier  : Il ne faut pas faire le ski de bosse comme les championnats du monde de ski de bosse, en individuel. Il faut créer un nouveau système pour mettre en valeur la technique bosse et la même chose pour le saut acrobatique. Le saut acrobatique est ennuyeux parce que tout le monde fait la même chose. Il faut trouver quelque chose de différent.

OnTheSnow : Dans le ski de bosse vous voulez voir plusieurs skieurs qui descendent en même temps ?

Henri Authier  : Mais oui, bien sûr, c’est ce qu’il faut faire jusqu'à six personnes et c’est le premier qui gagne et tant mieux. On s’en fout s’ils skient en quinconce ou si le bâton est correctement porté, voilà. Il faut du punch ; il faut du spectacle, ils n’ont pas compris ça à la coupe du monde. Le ski de bosse c’est du spectacle.

OnTheSnow : Quand vous parlez de faire du spectacle. Est ce que vous pensez à vos shows Pro-Ams de ski de bosses?

Henri Authier  : Le spectacle était le leitmotiv du Pro Am de ski de bosses que j'organisais avec toujours une remise en question pour  le rendre  plus spectaculaire et différent chaque année... Je n'ai pas pu aller au bout de mes idées et de ma conception du ski de bosses. J'ai du arrêter avant, faute de partenaire, de l'arrivée des nouvelles disciplines snow-board et new-freestyle et du déclin médiatique du ski de bosses en France...merci la fédé...?

OnTheSnow : Nous avons vu l’autre jour à Moscou, Aléxis Pinturault gagner en coupe du monde. Ils descendaient à deux sur un énorme stade érigé en plein milieu de Moscou.  C’est ça la direction à prendre?

Henri Authier  : Mais bien sûr, mais je pense qu’au niveau de la FIS ils n’ont rien compris. Dés qu’il y a une fédération c’est le sport qui dort. Ce que j’ai peur pour le half pipe c’est que maintenant que c’est devenu une discipline olympique, c’est eux qui vont gérer le règlement et ça risque de freiner l’évolution de la difficulté. Ils vont dire ‘ce n’est pas bon, il ne faut pas faire ça’, il y a personne qui est libre.  C’est eux qui contrôle tout et c’est ça qui me fait peur.

Depuis que la Fédération a pris le snowboard, le snowboard alpin, ça ne bouge plus, c’est mort. C’est pareil avec le ski cross, c’est plus le même esprit, ça devient bureaucratique c’est eux qui gèrent. Les coureurs n’ont plus leur mot à dire. Ca c’est passé dans le ski de bosses ; ca s’est passé dans le saut acrobatique, là ils ont tellement fait de règlement que le ski de bosse s’est endormi pendant des années

OnTheSnow : Alors qu’est qu’il faut pour le réveiller ?

Henri Authier  : Pour le réveiller ? Moi j’y crois beaucoup à un format 100% différent. Je pense qu’il faut faire un très beau spectacle avec les moyens qu’ils ont, pour relancer le ski de bosses, et dans le saut acrobatique dont on ne parle plus. On ne voit plus d’images ni de ski de bosses ni de saut acrobatique. Ils sont restés un peu dans les oubliettes. Voilà ce que je pense.

OnTheSnow : Aujourd’hui vous donnez des cours de ski de bosses ?

Henri Authier  : Oui maintenant je le fais uniquement pour des touristes en vacances, je n’ai pas de champions je n’ai pas de clubs…

OnTheSnow : Vous n’êtes pas élitiste alors…

Henri Authier  : Pas d’élite, je n’en veux pas. Moi je veux faire connaître le ski de bosses aux gens. Je veux que les gens comprennent que tout le monde peut faire du ski de bosses.

OnTheSnow : En été vous faites du hot jumping sur le lac. Est-ce qu’à l’origine c’était pour permettre aux freestylers de s’entrainer en sécurité ?

Henri Authier  : C'est moi-même qui en a eu l'idée et le savoir-faire particulièrement au point de vue sécurité. Cela peut paraître très accessible à tous,  mais il  y a des risques à connaître pour ne pas mettre le hot-jumping dans les mains de n'importe qui... 

OnTheSnow : Il parait que maintenant ce sont les touristes qui apprécient ça.

Henri Authier  : Oui c’est très amusant. Quand il fait chaud c’est amusant de patauger dans l’eau. Mais à part le tourisme, ça a permis de faire de grand progrès dans le ski acrobatique ; on joue en sécurité, en confiance.

OnTheSnow : Et vous êtes sculpteur aussi ? Ce sont des grizzlys ou des ourses polaires que vous exhibez ?

Henri Authier  : Oui bricoleur. Ce sont des ourses, des oiseaux, les animaux qui ont du caractère, des ourses, des grizzlys, l’aigle, voila – je ne fais pas de poulet... Et j’aime tout qui est Indien -  on m’appelait Authier l’Indien.