Article paru sur l'édition du 19/01/2012 de LaDépêche.fr


« C'est bon. La neige n'est pas dure », confie un skieur, presque surpris de la qualité des conditions de glisse sur le domaine skiable de Gavarnie. « Cela ne bouge pas trop en température. La quasi-totalité du domaine est en neige naturelle, confortée par de la neige de culture », explique Jérôme Verne, directeur d'Altiservice Gavarnie. Le domaine est ouvert à 70 % avec 30 cm en bas et 60 cm en haut.

En dépit de ces excellentes conditions, Gavarnie - comme d'autres stations - effectue un timide début de saison, en deçà par rapport à l'année dernière. La station a ouvert le 19 décembre. « La première semaine a été calme. La fin de la deuxième a été perturbée par le mauvais temps. La clientèle espagnole est venue pour la semaine des Rois. Le beau temps nous a permis de faire deux week-ends de janvier correct. Pour février, les réservations sont plutôt bonnes », indique Jérôme Verne.

La saison dernière, Gavarnie avait réalisé 55. 310 journées ski en 93 jours d'ouverture.
Il sera difficile de faire aussi bien cette saison comme d'atteindre l'objectif d'un chiffre d'affaires à 845.000€.

  

La station de Gavarnie cumule des handicaps

La station de Gavarnie ne manque pourtant pas d'atouts. Tout d'abord, un environnement de haute montagne exceptionnel : on skie avec vue sur la Brèche et le massif de Gavarnie-Mont-Perdu. Sa longue piste verte des Marmottes, son kidpark, en font un stade de neige idéal pour les familles et les débutants. Elle propose des prix attractifs : un prix moyen à 14,50€. Cette année, sur une base de deux adultes et deux enfants, c'est gratuit pour les autres enfants, à partir du 3e. Signalons aussi une promotion pour les étudiants qui covoiturent : 4 forfaits au tarif de 56€.

Mais Gavarnie cumule des handicaps rédhibitoires qui mettent en péril l'existence de la station, à terme :
-Le manque de lits marchands ne lui permet pas d'équilibrer financièrement ses comptes.
- La compensation, pour déficit d'exploitation, coûte extrêmement cher, chaque année, à la communauté de communes Gèdre-Gavarnie.
- On ne peut pas investir sur les remontées qui peu à peu deviennent obsolètes et la station perd 2.000 skieurs à chaque saison.
- Le projet immobilier (sans cesse attaqué depuis cinq ans) qui pourrait apporter une clientèle de séjour à Gavarnie et ainsi pérenniser la station, ne parvient pas à émerger.
Pour toutes ces raisons, Gavarnie demeure une station de ski, plus que jamais en sursis.

  

« Les écolos s'acharnent »

« Les écologistes, ils ont déjà gagné. Car on a perdu 5 ans. Mais là, cela tourne à l'acharnement », estime Christian Bruzaud, maire de Gavarnie, qui pensait en avoir fini avec le feuilleton judiciaire du projet immobilier de Baretge.

En effet, en octobre dernier, la cour administrative d'appel de Bordeaux a débouté France Nature Environnement (FNE 65) de sa demande d'annulation du permis de construire du projet porté par la commune de Gavarnie et le promoteur privé Victoria. Mais FNE 65 se pourvoit en cassation. Le Conseil d'état a 3 mois pour dire si le pourvoi est recevable. FNE 65 cherche à gagner du temps. « Dans l'espoir que notre volonté et celle de notre promoteur s'essoufflent », estime Christian Bruzaud. et il, ajoute : « La critique est animée par des gens qui règlent des comptes ».

Avec ce projet, Gavarnie entend substituer un tourisme de séjour à un tourisme de passage, à la journée. « Nous voulons vendre Gavarnie, station montagne à l'année, avec des séjours tout compris », explique Christian Bruzaud. La haute vallée manque actuellement de lits marchands pour attirer une clientèle de séjour. Gèdre et Gavarnie ne disposent que de 2. 500 lits l'été et seulement 1.460 lits l'hiver. Une trop faible capacité qui ne permet pas à la station de ski de tourner à plein régime (1) et d'assurer sa pérennité. Aujourd'hui, « l'équilibre financier de la station dépend de l'arrivée des lits. S'il n'y a pas de lits, l'existence de la station est menacée », indique Christian Bruzaud.

« Grâce aux écologistes, il y a une vraie menace sur l'avenir de la station. Ce sont des gens qui veulent commander chez nous. Sans eux, le projet immobilier serait aujourd'hui fini et on n'en serait pas là », indique, remonté, Francis Caussieu, président de la communauté de communes Gavarnie-Gèdre.

Avec 1.500 lits supplémentaires, Gavarnie table sur une moyenne de 1.000 skieurs/jour avec des pointes à 2.500 skieurs jour afin d'atteindre entre 30.000 à 45.000 journées skieurs de plus par an. L'an dernier, elle a réalisé 55.310 journées ski. « Nous sommes trop tributaires de la clientèle à la journée. Et, géographiquement, il y a quatre stations avant nous dans la vallée », rappelle Christian Bruzaud.

(1) En moyenne, la station accueille 600 skieurs à la journée alors que sa capacité est de 2.500 à 3.000 skieurs à la journée.