Comment estimer le risque d’avalanche ? Que signifie l’échelle du risque ? Comment bien interpréter le Bulletin d’Avalanche ? Il est parfois difficile de se faire une idée relativement précise du risque d’avalanche avant de sortir hors piste. Et c’est pourtant indispensable pour prendre les bonnes décisions.

On se sent parfois un peu démuni quand il vient de neiger, et que l’on a qu’une envie, c’est d’aller tracer toute cette belle neige, alors que la journée est classée «Risque 4». Qu’est-ce qui se cache derrière ces chiffres ? Quelles sont les expositions, les itinéraires à privilégier pour réduire le risque ? Pour réussir à faire la part des choses et à utiliser au mieux le bulletin d’avalanche, voici quelques conseils.

 

Lire et comprendre le Bulletin d’estimation du Risque d’Avalanche


Le Bulletin d’estimation du Risque d’Avalanche (BRA) est un très bon outil d’aide à la décision pour les professionnels comme pour les amateurs. En le lisant précisément, on peut se faire une idée complète de la situation du massif concerné. Il est élaboré par des experts de Météo France en collaboration avec les pisteurs nivologues des différentes stations. Ceux-ci évaluent la stabilité du manteau neigeux, et cherchent à estimer l’influence de tous les facteurs récents (vents, neige nouvelle, grand froid) sur l’évolution de celui-ci. Plusieurs bulletins sont proposés dans un département, pour chacun des massifs. Par exemple, en Savoie, il en existe 6 : Bauges, Beaufortain, Haute Tarentaise, Vanoise, Maurienne, Haute Maurienne.

Le bulletin d'estimation du risque d'avalanche donne un aperçu de la situation de la journée avec l’indice de risque (de 1 à 5), les orientations les plus dangereuses (Nord, Nord Ouest par exemple), une analyse qualitative du manteau neigeux (présence de couche fragile, effets du vent, de la température), une évaluation de la hauteur de neige hors piste à chaque altitude, ainsi que de la couche de neige fraîche.

Les BRA sont relativement simples à comprendre si on les lit de façon appliquée et complète. L’indice de risque est en revanche très souvent mal interprété.  

- L’indice 1 (risque faible) offre des conditions théoriquement sûres : tous les itinéraires sont possibles.

- L’indice 2 (risque limité) offre des conditions en général favorables, sauf dans quelques pentes particulièrement raides. Malgré cet aspect rassurant, il faut se rappeler que 8 % des accidents mortels ont lieu par risque 2.
Werner Munter, guide et expert nivologue très reconnu estime que le danger potentiel double d’un degré à l’autre : il est donc quatre fois plus important par risque 3 que par risque 1 !

- L’indice 3 (risque marqué) est souvent interprété comme risque «moyen», mais c’est une véritable erreur. C’est en effet là que le choix des pentes et des itinéraires devient crucial, le manteau neigeux n’étant que modérément stabilisé, et de façon très différente selon les expositions. Le risque est donc très différent d’un terrain à l’autre, et des avalanches de taille très variable peuvent survenir.

- L’indice 4 (risque fort) indique un manteau neigeux peu stable, et une situation critique avec de nombreux déclenchements d’avalanche. Il faut revoir ses choix d’itinéraires en fonction du BRA et choisir des pentes peu raides.

- L’indice 5 (risque très fort) marque une situation exceptionnelle, avec de très nombreux départs d’avalanche, et le hors-piste est très fortement déconseillé.


En consultant le BRA dans son intégralité avant une sortie hors piste, on dispose d’informations de base, très utiles pour choisir le secteur, repérer les orientations délicates, et estimer l’évolution au cours de la journée.
Mais bien sûr, il faut absolument confronter le BRA à son expérience locale et à ses observations du terrain.

 

Sur le terrain, quel comportement adopter en cas de risque d'avalanche


Lorsque l’on arrive sur le terrain, on peut compléter les informations données par le bulletin par des observations locales, et faire des choix stratégiques. Par exemple, en haut d’un itinéraire, on a souvent le choix entre plusieurs orientations de pente et plusieurs passages avec différents degrés de pente. Observez bien le terrain pour déceler les éventuelles plaques, dômes ou ruptures de pente suspectes. S’il y a lieu, prenez aussi en compte les éventuels déclenchements à distance dans votre progression (fréquents par risque 4). Soyez vigilants aux bruits (le «waoum» émit par la neige signale l’effondrement d’une couche fragile en profondeur), aux fissures et aux vibrations.

Au moment de vous engager, choisissez donc le passage le moins exposé au vu des éléments ci-dessus, et évitez les larges pales de neige surplombant une grosse barre rocheuse (une avalanche ou même une simple coulée pouvant vous faire sauter). Prenez soin de repérer des échappatoires et des arrêts de sécurité.

L’estimation personnelle du risque vient avec l’expérience, mais n’est jamais une science exacte. Nombre de professionnels très expérimentés se font prendre dans des avalanches, il faut donc rester humble face à cette estimation. Prenez le BRA comme base, puis affinez son analyse avec les observations du terrain. Si de nombreux facteurs de risque s’accumulent, optez pour un autre itinéraire. Soyez sûr du niveau technique et physique des personnes avec qui vous partez, et équipez-vous. Ne suivez pas les traces : faites uniquement les itinéraires que vous connaissez. Enfin, écoutez aussi votre intuition : si vous ne le «sentez» pas, renoncez.