Les qualités du textile ont fait un grand bond en avant. Vestes et pantalons sont souples, chauds, étanches, respirants. En un mot : confortables. Des tissus high tech qui font appel au système trois couches, membranes, enduction…
Pas facile de trouver une tenue efficace pour les sports d'hiver car elle doit cumuler plusieurs qualités à priori antinomiques. Elle doit couper le vent, résister aux précipitations diverses (pluie, neige), conserver la chaleur du corps mais aussi assurer une certaine forme de respirabilité pour éviter l'effet "cocotte minute" quand on bouge beaucoup. Pour résumer, elle doit être étanche mais respirante. Une quadrature du cercle qui a été réalisée grâce à des textiles très techniques qui permettent de skier (ou de snowboarder) dans le plus grand confort : au sec et au chaud. Le principe de base est celui de la triple couche. Il y a plus de dix ans, on portait pour affronter les frimas de l'hiver, une grosse veste bien molletonnée qui tenait chaud mais qui se transformait très rapidement en étuve au moindre effort. Le bénéfice thermique était alors gâché par la sensation de froid qui résultait de la transpiration qui ne pouvait pas s'échapper. Les vêtements en coton ou en laine sous la veste gardaient l'humidité, frissons garantis sur le télésiège ! Avec le concept trois couches, on arrive à mieux gérer les amplitudes thermiques du skieur entre le moment où il dévale les pentes et où il attend aux remontées mécaniques.
La théorie du mille-feuilles
L'achat d'une veste ne se comprend donc qu'au sein d'un système plus large. Une première couche de vétement disposée à même la peau conserve la chaleur du corps et évacue la transpiration vers la couche supérieure. Cette première épaisseur est constituée de sous-vêtements dits "techniques" ou "thermiques", une sorte de "Damart" amélioré. La deuxième couche a un rôle d'isolant, elle protège contre le froid et accueille la transpiration de la première couche. Concrètement, elle est constituée d'une fourrure polaire. Enfin, la dernière couche extérieure qui assure le rôle de rempart contre les intempéries évacue elle aussi la transpiration. Ces trois strates sont cohérentes et interagissent entre elles, elles forment une chaîne qui assure l'évacuation de la transpiration. Il suffit qu'un des maillons soit défectueux pour que le reste du dispositif ne marche plus. Un simple T-shirt en coton par exemple. Il garde l'humidité et empêche la fourrure polaire et la veste respirante de jouer leur rôle.
Comment ça marche ?
Les sous vêtements techniques et la fourrure polaire sont fabriqués avec des fibres dites "hydrophobes, c'est à dire qu'elles n'absorbent pas l'eau à l'exemple du polyamide, l'acrylique, le polyester. Si malgré tout elles sont mouillées, elles sèchent également très rapidement contrairement au coton qui est hydrophile (il garde l'eau). Avec ces fibres respirantes, la transpiration est dirigée vers la veste qui est sans doute la couche textile la plus complexe. Elle possède une membrane intégrée au tissu, c'est un film très fin et très fragile. Cette membrane est constituée de micro-pores 700 fois plus larges que les gouttes de transpiration qui peuvent ainsi être évacuées vers l'extérieur. Par contre, les trous de ce filtre sont 20 000 fois plus petits qu'une goutte de pluie. L'eau venant de l'extérieur ne passe donc pas au travers du filet : l'étanchéïté est sauve. Une membrane Gore-Tex possède ainsi 1,4 milliard de pores au centimètre carré ! Suivant la solidité de la veste et l'usage qui lui est demandé, la membrane est intégrée ou non à plusieurs couches de tissu : on parle alors de laminé trois couches ou deux couches. Ces mots souvent employés par des vendeurs (on entendra par exemple "Gore-Tex trois couches ou deux couches") signifie simplement que dans le cas de la triple épaisseur le tissu extérieur de la veste, la membrane et la doublure ne font qu'un. Alors qu'avec un deux couches, la doublure est indépendante du tissu extérieur et de la membrane.
Confort avant tout
Jouer avec l'empilement des vêtements est particulièrement efficace et procure un confort inégalé pour le skieur qui évite les coups de chaud suivis de refroidissements brutaux. Sous les pantalons, il suffit également de porter un sous-vêtement technique pour être totalement paré. Certains de ces ensembles, en fonction de la marque sont traités anti-bactériens et ne retiennent pas les odeurs de transpiration, une avancée que tout le monde s'accordera à trouver intéressante… En matière d'entretien, il faut simplement respecter les recommandations des marques et en tout cas ne pas utiliser d'adoucissant avec les vêtements techniques (sous-vêtements, polaire, Gore-Tex). Leurs fibres creuses ou leur membrane risquent d'être bouchées par le produit nuisant ainsi à leurs performances thermiques et de respirabilité. D'autre part, une fourrure polaire ne se repasse pas car cela diminue le volume d'air emmagasiné dans la fibre et réduit son pouvoir d'isolation.
En parallèle du système trois couches…
Le système trois épaisseurs comporte des avantages indéniables en terme de technicité mais pour le portefeuille, il signifie souvent un investissement conséquent. Une bonne veste est chère, entre 250 et 300 euros. Elle oblige à acheter une fourrure polaire et des sous-vêtements techniques appropriés. La somme globale est rondelette mais d'un autre côté, chaque produit peut être utilisé séparément. Le sous-vêtement technique pour faire du VTT, la polaire pour la raquette à neige, la veste pour le ramassage des champignons sous la pluie d'automne. L'amortissement de l'achat se réalise donc sur plusieurs activités. Les trois couches permettent également de moduler son habillement : sous-vêtements, polaire et veste au plus froid de l'hiver, sous-vêtements et veste pour le ski de printemps en fin de saison ou même sous-vêtements et polaire. En marge de ce système trois couches, on trouve des tenues qui ne possèdent pas de membrane. Elles utilisent pour améliorer leur étanchéité le principe de la déperlance. Le textile subit un traitement de surface pour que l'eau glisse sur la matière. De grosses gouttelettes se forment sur le tissu mais cette humidité ne pénètre pas. Même si les vestes déperlantes ont fait beaucoup de progrès depuis quelques années, il faut reconnaître que leur usage se limite à des pluies peu importantes et brèves.
Glossaire
Système multi-couches : des sous-vêtements techniques, une fourrure polaire et une veste à membrane permettent d'évacuer la transpiration du corps et donc de rester au sec pendant l'effort
Fourrure polaire ou pull : une polaire est beaucoup plus légère qu'un pull en laine : 250 à 400 grammes/m2 pour la première, 300 à 600 grammes/m2 pour le second.
Le laminage : consiste à assembler le tissu, la membrane et dans certains cas la doublure en un tout résistant. On parle de laminé deux ou trois couches suivant que la doublure est solidaire ou non du tissu extérieur de la veste.
La membrane : film très fragile qui est intégré à la veste. Il permet d'évacuer la transpiration du corps vers l'extérieur alors qu'il empêche l'eau de l'extérieur de pénétrer dans la veste.
Traitement déperlant : sur la surface de la veste ou des pantalons, un procédé permet que l'eau se rassemble sous forme de grosses gouttelettes qui roulent et ne traversent pas le tissu.