“Le planter de baton Monsieur Dusse, le planter de bâton…” ! On se souvient tous de la célèbre réplique à succès de la bande du Splendid. Le moniteur de ski arquebouté sur ses prinicipes pédagogiques tient absolument à son geste technique : le planter de bâton. Au delà de la plaisanterie, on peut y voir un signe des temps : dans les seventies-eighties, la technique ski était tout à fait différente. Celà tenait à la structure, à la forme même du ski. La largeur en spatule, patin et talon étaient quasi les mêmes. Avec ces skis traditonnels, on était obligé de pratiquer la célèbre flexion-extension pour déformer le ski et faire en sorte qu'il daigne bien tourner. Ce mouvement de ressort provoquait le cintre du ski, la carre dessinait un arc de cercle et emmenait le skieur dans la courbe. La célèbre flexion-extension était un passage obligé. Le signal de départ de l’extension était le planter de bâton : on plante, on se relève afin d’alléger les skis, produire l’effort en pivotement puis surpression sur la carre pour déformer le ski et l’inscrire dans la courbe. On le voit, devenir un expert n’était pas facile !

Et puis vinrent les skis paraboliques…

La marque de skis slovènes, Elan est sans doute la première a avoir mis au point des skis paraboliques qui allaient révolutionner la technique et changer radicalement notre style sur les pistes. Des champions comme Alberto Tomba la Bomba puis beaucoup plus tardivement Hermann Mayer se sont emparés de ces nouveaux skis et ont forgé une nouvelle techique terriblement efficace et économe en mouvements. Les skis se pilotent en appui sur les deux pieds alors qu’avant, il était de bon ton pour assurer une accroche sur la glace, de lever le pied intérieur. Le jeu vertical du corps est limité. Le pilotage se fait par de l’angulation (prise d’angle) au niveau des chevilles, des genoux et des hanches.
Tout est venu des formes de skis radicalement modifiées. Les ingénieurs ont planché sur des solutions techniques qui permettent aux skis de tourner avec une grande facilité et une économie d'énergie considérables. De nouveaux matériaux et la conception assistée par ordinateur ont permis d'accoucher entre autres de spatules larges. Alors qu'un ski traditionnel des années 80 mesurait environ 90 millimètres en spatule, tous les skis actuels dépassent les 100 millimètres. A première vue cet embonpoint choque mais ensuite, on s'y fait et les skis qui ne suivent pas cette mouvance ont rapidement un look dépassé. La nouveauté n'est pas qu'une affaire d'apparence, car une spatule large permet au ski d'amorcer plus facilement la courbe.

Un style plus fluide avec les paraboliques

Avec les paraboliques, il suffit de mettre le ski sur la carre et la spatule mord. Le skieur est entraîné dans la courbe sans difficulté et à moindre effort. On fait finalement des progrès et on se surprend à tailler des virages au cordeau dont on ne s'imaginait pas capable. Et le hors piste ? Le style, la technique ont-ils changé aussi en poudreuse ? La flexion extension, la recherche du rebond du ski prévalent-ils toujours ? En regardant les vidéos des meilleurs freeriders, on s’aperçoit que le style est devenu plus fluide, comme sur la piste, le skieur joue de l’angulation latérale mais ne fait quasiment plus de jeu vertical. Là encore, les marques ont beaucoup travaillé sur des skis larges, appelés usuellement «fat». Loin d'être une simple curiosité, ils ont une mission. On a en effet rien trouvé de mieux pour skier en hors piste dans les neiges les plus profondes ou les plus mauvaises. Croûtée, trafolée, glacée ou poudreuse de cinéma, le ski ne s'enfonce jamais et reste au dessus de la neige. Le skieur économise de l'énergie pour faire tourner son ski qui flotte au dessus de l'élément. Il est ainsi tout entier à son plaisir et il n'a pas besoin de se concentrer outre mesure. Les skis larges d'environ 115 mm en spatule, 85 en patin et 105 en talon ouvrent des perspectives à des skieurs moyens qui n'osaient pas aller en hors piste. Plus besoin d'avoir une technique très pointue ni une forme physique irréprochable pour sortir des jalons, ce type de ski gomme la plupart des difficultés. Pour les piloter, il faut rester en appui sur les deux pieds (il n’y a quasiment plus d’appui prédominant sur le pied aval). Une fois bien équilibré, il s’agit de prendre de la vitesse. La spatule bien relevée empêche le ski de «planter» (on dit : enfourner) dans la neige profonde. Le ski reste au dessus de la neige et pivote aisément dès qu’on l’incline sur la carre.

Le style d’aujourd’hui

On l’aura compris, le skieur d’aujourd’hui a un style fluide, sans gestes superflus comme ceux-ci : planter de bâton, mouvements verticaux du corps pour alléger les skis, pied intérieur levé. Grâce aux nouveaux skis qui se mettent «naturellement» sur la carre, les virages sont facilités et les courbes, sans doute moins heurtées. Bien entendu, l’équilibration avant-arrière n’a pas changé, il s’agit d’être au milieu de ses chaussures voire en appui sur les languettes. Les bras sont écartés pour un meilleur équilibre. La grosse nouveauté concerne l’écart des pieds. Avant l’arrivée des skis «taillés», tous les moniteurs skiaient pieds très serrés. Aujourd’hui, le style académique demande d’avoir un écart naturel qui correspond à celui de ses hanches (même écart que celui de la marche). L’équilibration est ainsi meilleure et les skis se croisent moins. On remarque aussi que sur les pistes et même en poudreuse, on privilégie plus les rayons moyens à long, alors qu’avant, le passage obligé était la godille. Les petits virages sont réservés aux slalomeurs. Le skieur lambda préfère la fluidité, le plaisir de la glisse pure émanation de la courbe. On ne s’en plaindra pas, avec le nouveau matériel, nous sommes passé d’une activité technique à une glisse plaisir.