Le choix des chaussures de ski est une affaire délicate, autant ne pas se voiler la face. Le confort, la performance sont fonction de cette interface technique entre le skieur (vous) et les skis (à dompter). Et comme chacun a un pied différent de celui de son voisin, pas facile de trouver un modèle qui corresponde à votre anatomie. Le paradoxe est celui-ci : des produits de grande consommation (les chaussures de ski), calibrés selon certaines formes de pieds, doivent correspondre à tout le monde. On comprend donc que pour cet achat, il faut procéder par ordre.

Premièrement, il ne faut pas céder aux sirènes de la cosmétique ou de la marque : même si la superbe chaussure dans le rayon vous fait un clin d’œil et que son look est ravageur, il faut raison garder. Une chaussure se choisit en fonction du volume de son pied. La taille donne une indication (exprimée en mondopoint) mais pour une longueur de pied équivalente, on peut avoir un volume fort sur le cou-de-pied ou au contraire peu épais et large au niveau des métatarses… bref, le pied est un casse-tête à habiller.

Un vendeur spécialiste identifie tout de suite votre taille et le volume à l’aide d’un appareil. Il oriente ensuite vers une coque qui maintiendra le pied sans le contraindre. La nuance est d’importance. Le chausson assure le confort mais si la structure de la chaussure n’est pas adaptée, des points durs vont apparaître. Ils vont se transformer peu à peu en douleur. Ce n’est pas forcément immédiatement identifié en magasin mais sur les pistes, la petite gène, l’inconfort sentis sur la moquette du shop peuvent se transformer en calvaire.

   

En magasin…

Une fois le pied glissé dans la chaussure, il faut fermer les crochets aux premiers crans. Si vous allez plus loin, ça veut dire que le volume de la chaussure ne vous convient pas. Il ne faut pas écraser la coque, trop la serrer et surtout, dans le magasin, votre pied est au chaud, il est dilaté. Sur les pistes, il sera un peu moins volumineux et la chaussure devra être plus serrée. Il convient donc de se garder une latitude de serrage.

Il faut également prendre en compte le fait qu’un chausson se tasse dès les premières sorties. Il perdrait 10% de son volume dès les trois premières sorties. Les crochets serrés, il faut se concentrer sur son talon qui doit être enveloppé et ne doit pas se décoller quand vous faites des flexions sur l’avant, semelle au sol.

L’autre élément important concerne l’avant du pied. La sensibilité du skieur, la précision de pilotage passent par cette zone. Les métatarses doivent être maintenus mais pas flottants. En tentant des pivotements latéraux, on se rend vite compte si le pied bouge (pas bon) ou non. Quitte à être un peu ridicule sur la moquette, il faut garder au moins trente minutes les chaussures fermées au pied, rien ne vous empêche de glisser le MP3 dans les oreilles pour faire passer le temps…

   

Quelques subtilités…

Pendant que l’on a les chaussures aux pieds, on peut en profiter pour découvrir le produit et se poser, par exemple, quelques questions au sujet des crochets. Désormais, la plupart sont à réglage micrométriques, il suffit de les tourner sur eux-mêmes pour faire en sorte qu’ils serrent plus ou moins. Mais sur certains modèles d’entrée ou de milieu de gamme, ils ne sont pas toujours présents.

La qualité de fabrication, les matériaux, la facilité de réglage, la sensation de robustesse sont importants. Bien entendu, un crochet 100% métallique est gage de solidité dans le temps. Les crémaillères, sur lesquelles les crochets sont en prise, doivent être elles aussi robustes. Certaines sont réglables. C’est une bonne alternative pour une personnalisation de la chaussure. Il faut veiller aussi à la qualité du strap de serrage du haut de coque : il doit être large et son amorce ne doit pas s’effilocher (passage aisé dans la boucle métallique). Les chaussures de milieu et d’entrée de gamme sont équipées d’un levier à l’arrière de la tige. Deux positions permettent de commuter au choix la chaussure sur le mode «marche» ou «ski», un système libère le pied pour faciliter le déroulé du pied pendant la marche.

Le canting est un réglage que l’on retrouve sur les chaussures plus techniques. Il est à manier avec précaution et en tout cas par des experts. Il permet, en fonction de la morphologie et de l’appui du skieur de personnaliser l’inclinaison latérale de la chaussure. Enfin, certains chaussons sont livrés avec un jeu de cales que l’on peut disposer dans des espaces dédiés afin d’améliorer la précision du pied. Là encore, un professionnel du boot fitting est seul à même de faire les bons réglages.

   

La question du flex…

Afin de donner une indication de la rigidité de la chaussure, toutes les marques définissent pour chaque chaussure un indice de flex. Ce chiffre est censé déterminer la rigidité de l’ensemble, plus cette valeur est importante et plus la coque est raide.

On considère qu’un flex de 60 à 80 est conçu pour des skieurs intermédiaires, alors que le 90-110 s’adresse à des skieurs sportifs. Au delà, les produits s’adressent aux compétiteurs avec des rigidités de 120 à 150. Le choix de cet indice est primordial. Un gros gabarit ou un skieur puissant privilégieront une chaussure rigide capable de supporter la pression des appuis sans déformation excessive.

A l’inverse, on voit souvent des skieurs qui développent des appuis peu puissants, dotés de chaussures trop rigides pour eux. La flexion de cheville est bloquée, ils perdent en sensibilité, souplesse, précision car dans ce cas seuls les genoux et les hanches peuvent travailler. Un flex trop important pour un skieur moyen est donc un facteur limitant de la progression. Avec l’arrivée de la bi-injection des coques, les marques ont développé des flex plus progressifs : la flexion est régulière et le point dur (appui final) arrive de manière moins brutale.

La bi-injection consiste à marier deux plastiques de rigidité différente afin d’obtenir un maintien ferme autour du pied (parties dures). Mais aussi des zones plus molles assurant le confort : cou-de-pied par exemple. Ces zones de souplesse permettent aussi un chaussage aisé, le passage du pied est facilité. Au final, si vous suivez ces quelques conseils, vous limiterez le risque de faire un mauvais choix. Votre chaussure vous accompagnera dans votre progression, en tout confort. Car il est plus important d’avoir une bonne paire de chaussures que de skis…