Depuis une poignée d’années, le mot “freeride" a gagné les stations. Ce que l’on pouvait prendre de loin pour un mouvement de mode, mâtiné de marketing, est en fait l’essence même de la glisse. Quand on fait du freeride, on joue avec le terrain, les bosses, les ruptures de pente, on trace des petits virages qui se déclinent soudainement en grandes courbes, on plonge à pleine spatule dans la poudreuse pour mieux attaquer un petit couloir… Le caractère ludique du freeride est indéniable, c’est un état d’esprit (spirit) qui érige en valeurs cardinales le plaisir et les sensations.



Certains en ont fait un style de vie : Sébastien Michaud, Guerlain Chicherit ou Xavier De Le Rue en snowboard, n’hésitent pas une seconde à troquer leurs habits de tous les jours contre une tenue de pèlerin des neiges.
Tous parcourent les pentes du monde entier pour assouvir cette passion de la glisse à l’état pur. Ces globe trotters sont aussi artistes de leur propre théâtre. Il ne suffit pas de dévaler une pente pour s’élever au rang de freerider, il faut la déguster, la tracer judicieusement dans un style personnel. Tous les magazines spécialisés ont rapporté dans leurs pages ces voyages en pays lointains où le seul but des freeriders est d’imprimer une trace belle et forte. Mais depuis peu, se sont développées des compétitions de freeride, des événements que l'on pourrait qualifier de paradoxaux dans un milieu freeride qui a toujours rejeté les notions de chronomètre et de confrontation.

Il faut dire que le freeride se prête admirablement au spectacle : quand on voit des skieurs professionnels sauter des barres rocheuses avec maestria et tailler des grandes courbes à des vitesses indécentes, on se dit que c'est fort et beau. Le pas a été vite franchi. Rassemblements, compétitions et derbys ont rapidement vu le jour. On dira que le freeride a sans doute perdu en liberté ce qu'il a gagné en notoriété… Pourtant, loin des caméras, le freeride n’est pas seulement l’apanage des stars qui s’autorisent des voyages exotiques, c’est aussi et surtout la glisse accessible pour tous, dans toute station des Alpes ou des Pyrénées. Car chaque site possède un terrain de jeu propice, il suffit parfois de s’éloigner de quelques mètres des pistes balisées pour découvrir rochers enneigés à sauter et combes de poudreuses n’attendant que votre passage.

Commencer le freeride

Une fois équipé du materiel dédié (voire paragraphe ci-dessous), tout un chacun peut commencer à taquiner le hors piste, d’abord de proximité. Le premier réflexe consiste à répartir le poids de son corps sur chacun de ses skis afin d’éviter qu’un de ses skis ne plonge et ne déséquilibre. Alors que sur piste, on essaye d’avoir un appui predominant sur le ski aval (celui qui se trouve en bas, du côté de la vallée), en poudreuse, les deux skis ont la même pression. Si en profonde, on se met traditionnellement plus en appui sur l’arrière de sa chaussure pour faire sortir ses spatules de la neige, il ne faut pas abuser de ce procédé. En effet, les nouveaux designs de spatule freeride, très relevés, ne nécessitent presque pas ce ré-équilibrage.

Les nouveaux skis, notamment ceux équipés de rockers (les skis sont relevés progressivement à partir de la fixation voire en talon) se pilotent presque comme des skis traditionnels de piste. En freeride, on effectue ses virages avec la technique moderne d’angulation (prise d’angle) hanche, genoux, chevilles. L’antique planté de baton et l’ample flexion-extension sont périmés. Les bras sont écartés pour un meilleur équilibre latéral, les genoux dévérouillés pour une meilleure souplesse. L’idéal est de faire une trace directe afin de prendre de la vitesse puis de tourner progressivement. Ensuite, c’est une affaire de rythme, dès qu’un virage est bouclé, on enchaîne le suivant. On peut faire ses premières armes sur piste non damée ou à proximité des jalons, Ensuite, à condition d’être equipé d’Arva-Pelle-Sonde et d’être accompagné d’un moniteur-guide, les grands espaces vierges s’ouvrent à vous. 

Un matériel spécifique

Sortir des sentiers balisés est plus simple qu'il n'y parait avec les nouveaux skis de freeride. Plus larges, extrêmement maniables grâce à une forme spécialement étudiée, ces modèles se laissent amadouer dès les premiers virages. Grâce à leur portance importante, ils permettent de quasiment "flotter" au dessus de la neige. Les efforts physiques sont ainsi réduits et l'on se surprend à passer sans aucun souci dans des neiges réputées difficiles comme la croûtée. Toutes les marques proposent dans leurs gammes un choix étoffé de largeurs de skis. A l'utilisateur de choisir s'il veut un ski conçu à 100 % pour la poudreuse (très large) ou s'il préfère conserver un minimum de polyvalence pour évoluer aussi sur piste (freeride médium). En matière de chaussures, comme on évolue généralement sur des pentes assez raides et poudreuses, on privilégie les modèles précis issus de la compétition. Par contre, les metteurs au point on rajouté une pointe de souplesse et de chaleur dans le chausson, personne ne s'en plaindra. Pour la tenue, la veste technique avec capuche en cas de mauvais temps et le pantalon ont encore le vent en poupe. Les couleurs sont sobres et les tissus respirants pour évacuer la chaleur du skieur qui se dépense beaucoup en poudreuse. Mais attention, la montagne reste toujours la plus forte et elle ne tolère que très rarement les imprudences. La plus grande précaution et le respect du milieu naturel sont donc de mise, tout particulièrement en ce qui concerne les risques d’avalanches et les sauts qui doivent être calculés au centimètre. Il ne faut pas hésiter à prendre conseil auprès de glisseurs locaux ou de professionnels (moniteurs, guides, pisteurs secouristes), ils partagent le même espace que vous, ils n'hésitent jamais à donner quelques judicieux conseils.