La France est la première destination touristique hivernale au monde avec 55 millions de journées skieurs, plus de 300 stations de ski et plus de 4 000 Km de pistes balisées. C’est un secteur économique non négligeable avec une offre très variée, significatif pour l’emploi et pour la vitalité des territoires de montagne. Si ce secteur se veut très prospère, pourquoi de nouvelles stations de ski ne voient-elles pas le jour ? Voici les réponses avisées de trois spécialistes à cette simple question.

 

Lourdeurs administratives et contraines environnementales freinent le développemment de nouvelles stations de ski


Laurent REYNAULT / Délégué Général de Domaines Skiables de France
« Il n’y a vraiment rien qui s’opposerait à la construction d’une nouvelle station, mais la lourdeur des démarches administratives en France est très fastidieuse. De plus, les contraintes environnementales ne permettraient plus aujourd’hui de construire une nouvelle station de ski. Il faut savoir que la montagne est un endroit exceptionnel où la biodiversité est la plus importante. Il n’y a pas d’endroit comparable et c’est pour cela qu’on ne peut pas tout se permettre. La montagne est très règlementée et regorge de zones protégées qui sont aussi les plus difficiles à aménager avec l’explosion du code de l’environnement à la fin des années 90.

L’idée de la création d’une nouvelle station de ski est plausible si elle est en adéquation avec l’environnement, mais il faudrait alors une grande simplification du système administratif français pour y arriver. La France est un pays d’une énorme complexité lorsqu’il s’agit d’effectuer des démarches
».

 

Etendre ou restructurer les stations existantes plutôt que d'en créer de nouvelles


Benoît ROBERT / Directeur du Cluster Montagne
« Nous avons déjà un nombre assez conséquent de stations en France, notamment dans les Alpes du Nord. Elles ne sont pas là par hasard et ont été aménagées sur des zones particulièrement favorables, que ce soit au niveau de l’enneigement ou autre. Ces sites correspondent parfaitement au marché pour lesquels ils ont été créés et on ne pourrait pas faire mieux que ce que l’on trouve actuellement.

Les villages existants ont été aménagés pour la pratique des sports d’hivers et les nouveaux sites ont été clairement identifiés pour être favorables au ski. Aujourd’hui, on préfère essayer avec les moyens juridiques qui nous sont donnés d’étendre ou de restructurer l’habitat autour de ces zones.

Si l’on construit des stations neuves dans des endroits vierges, il faudrait dans un premier temps les identifier. Ensuite, il faut imaginer les difficultés pour trouver les investissements nécessaires afin de construire les routes, amener l’eau… Comment financer tout ça alors qu’aujourd’hui, nous avons déjà du mal à trouver les ressources pour les infrastructures majeures. Le dernier aménagement en date en terme de site est Arc 1950 et la station se trouvait déjà à proximité du reste des Arcs, donc proche du réseau d’électricité et de toutes les commodités.

Ensuite, il y a le facteur prix qui est extrêmement important et considérable de nos jours, comme celui des remontées mécaniques et des équipements divers. Alors on renouvelle un peu les parcs, on réaménage quelques télésièges ou téléphériques, on restructure les équipements des domaines skiables, on change une dameuse… Les choses se font petit à petit.

Pour répondre à cette question Sotchi en est un très bon exemple, avec la création de quatre petites stations pour le site et un domaine relié. Au final, le tout ne sera pas plus grand qu’une station comme Saint François Longchamp et Valmorel reliées. Pour cela, cinquante milliards de dollars ont été nécessaires. Ça résume assez bien la situation et cela serait invraisemblable d’investir une telle somme tout en sachant que nous avons déjà de très beaux produits touristiques aujourd’hui.

En parallèle, le monde de la montagne est sous “haute surveillance“ en terme de développement. Pour un projet d’extension, il y a des procédures réglementaires, des études d’impacts, un regard des services de l’état au niveau de l’environnement extrêmement sérieux. Rien que pour changer un virage sur une piste de ski ou aplanir une petite bosse, cela demande un à deux ans de travail. Imaginez alors pour l’aménagement d’une nouvelle station… Cela n’est pourtant pas impossible, il n’y qu’à voir Arc 1950, station assez récente qui a réussit ce challenge. C’est une nouvelle station, même si elle reste sur le domaine des Arcs
».

 

Améliorer les stations déjà implantées ou proposer quelque chose de nouveau


Jean-Marc SILVA / Directeur de France Montagnes
« La France est leader mondial en terme d’offre pour ce qui est des stations de ski. La volonté première et surtout l’enjeu n’est donc pas de construire de nouvelles stations mais plutôt de rénover et d’améliorer ce qui est déjà existant. En effet, près de 40% du parc national est aujourd’hui à rénover. Le plan neige a été lancé en 1964 et devait déterminer un concept de stations d'altitude très fonctionnelles, au service du ski, fondées sur un urbanisme vertical, initier un partenariat unique auprès des collectivités et faire émerger une nouvelle génération de stations très performantes susceptibles d'attirer les devises étrangères. Aujourd’hui, on peut dire qu’il a bien fonctionné puisque le ski est arrivé à maturité et c’est un marché en légère progression. Mais, les marges de production sont faibles et la France ne remplit pas aujourd’hui l’ensemble de ses lits.

À l’avenir, on ne construira plus comme auparavant en terme de stations car on arrive au bout de l’offre. Si l’on bâtit des choses, ça sera seulement pour “combler des trous“, notamment dans l’hôtellerie. Arc 1950 est la dernière née des stations et ce qui a motivé son aménagement, c’est la création d’un programme haut de gamme pour attirer une nouvelle clientèle. Cela a permis d’attirer les russes qui ne venaient pas jusqu’à présent sur les Arcs.

La création de nouveaux hébergements doit être associé à de grands domaines skiables, c’est ce que recherche principalement la clientèle internationale. Il vaut mieux se poser les bonnes questions d’abord sachant qu’en France tous les modèles de stations sont proposés. Tout a été créé, de la station d’altitude à la station village. C’est une véritable chance. Si l’on devait construire une station aujourd’hui, il faudrait idéalement proposer quelque chose de nouveau. Par exemple, un site dédié à un type de glisse comme le freestyle, le freeride ou le nordique. Et encore, il y a quelques exceptions comme la Grave La Meije
».